Les génériques, c’est pas automatique

Les pharmaciens devront substituer de plus en plus grâce à des incitations financières. Ont-ils encore les moyens de mettre en question la qualité des médicaments génériques ?

La convention pharmaceutique, vous connaissez ? Il s’agit d’un accord entre l’assurance maladie et les pharmaciens qui attribue des nouvelles rémunérations aux pharmaciens sur la base de leur activité non commerciale (suivi des patients et  analyse des ordonnances principalement). En échange, les pharmaciens s’engagent à respecter des objectifs chiffrés, parmi lesquels un taux de substitution supérieur à 85%. Les inquiétudes sur les génériques montent chez les pharmaciens et les patients. Pourtant, il est maintenant avéré que la qualité du médicament générique est identique à celle du médicament original (princeps). Pourquoi cette inquiétude, alors ?

Le conditionnement secondaire (la boite), change de couleur, de forme, et la constance des différents médicaments génériques proposés aux patients n’est pas vraiment au rendez-vous. En effet, le laboratoire est plus mis en valeur que le nom du principe actif lui-même, alors qu’avec les médicaments originaux (princeps), le marketing identifiait un nom de marque et non le laboratoire producteur. Ainsi, sur la boite d’un célèbre médicament qui a été retiré du marché et qui fait couler beaucoup d’encre, on voit surtout le nom de marque, et en tout petit benfluorex, le nom du laboratoire n’apparaît même pas sur la face de la boite. Sur les conditionnement secondaire de générique, c’est surtout le nom du laboratoire que l’on voit en gros, parfois même deux fois sur la même face. Une présentation identique pour tous les médicaments qui favorise le risque de confusion entre deux médicaments, en particulier chez des patients qui voient mal (personnes âgées…). Chacun à eu le sentiment d’avoir en main un médicament au rabais en se voyant proposer un générique et pourtant celui-ci est conforme aux exigences de qualité du médicament. Et chacun a accepté de bon cœur car il savait qu’il évitait de creuser un peu plus le « trou » de la sécurité sociale.

Avez-vous posé un jour la question à votre pharmacien : « pourquoi le générique est-il moins cher ? » Sans doute. Presque tout le monde le sait, pour produire un médicament générique, les frais de recherches sont très réduits par rapport à ceux des médicaments princeps car ils utilisent une molécule déjà mise au point et évaluée pour son efficacité et sa toxicité. Le surcout du aux frais de recherches des médicaments princeps est compensé dans le prix du médicament princeps calculé par l’assurance maladie. Après vingt ans, le brevet du médicament tombe dans le domaine public. Pourquoi cette compensation de prix n’est-elle pas tout simplement supprimée à la fin de cette période? Dans ce cas, le prix de remboursement serait abaissé et identique pour tous les médicaments, princeps ou générique. La substitution ne serait pas plus avantageuse que la délivrance de princeps pour les caisses de l’assurance maladie. Si la production n’est plus rentable pour le princeps, il ne serait tout simplement plus proposé à la vente et serait remplacé par son ou ses génériques. S’il restait rentable, pourquoi le contribuable devrait-il payer pour des frais de recherches déjà remboursés ?

En ce qui concerne la production du générique, en mettant en concurrence les laboratoires, le risque est d’avoir sur un conditionnement secondaire au rabais, car la réglementation impose au fabriquant une qualité irréprochable du produit actif et de ses excipients, mais semble avoir peu d’exigences sur les informations apportées par les conditionnements.

Mettre en valeur le nom du principe actif, plutôt que celui du laboratoire, proposer des plans de prises adaptés à chaque médicaments et différencier significativement les dosages d’un même médicament afin d’éviter les erreurs de dispensation. Les mesures d’amélioration des conditionnements permettraient  d’éviter les confusions, non seulement chez le patient, mais aussi au moment de la délivrance par le pharmacien. L’attribution du remboursement d’un médicament devrait mieux prendre en compte l’amélioration de la présentation de son conditionnement.

Depuis des années, on stigmatise les pharmaciens, qui ne substituent pas assez, et les patients, qui refusent parfois les génériques, par manque d’information. Combien d’accidents se produisent chaque année à cause d’une erreur de dispensation ou de prise du à un conditionnement secondaire de mauvaise qualité.

A l’heure où l’on donne de la voix contre les gammes ombrelles (médicaments regroupés sous un même nom de marque), où les patients vous demandent une marque pour se soigner sans savoir vraiment quel médicament de la marque ils ont besoin, il est temps de proposer des médicaments génériques de qualité, avec un conditionnement plus informatif que commercial.

Les responsables de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM, ex-AFSSAPS) devraient prendre en considération les observations faites par les pharmaciens d’officine, qui savent que le problème de la substitution est bien plus complexe que leur mauvaise volonté, celle des médecins ou des patients. Nous pouvons obliger les laboratoires à baisser leurs prix à l’expiration du brevet, à faire des efforts sur la qualité de leur conditionnement. Nous pourrons ainsi réduire les accidents et les risques iatrogéniques. Nous pouvons imposer la suppression des noms de marque et imposer que les noms des nouveaux médicaments mis sur le marché soit libellés en DCI (Dénomination Commune Internationale). Tous les médicaments auraient alors le même niveau d’exigence de qualité, tout en continuant à récompenser par une surprime les innovations du secteur de l’industrie pharmaceutique.

 

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